Le problème du généraliste
J’ai passé des années à croire que mon cerveau était mal câblé. Je commence à penser l’inverse.
Je lisais un texte sur Jung, puis j’essayais de comprendre le jeu de position de Pep Guardiola pour une partie de Football Manager, et pendant un footing je connectais ces deux choses à un souvenir vécu sur un volcan à La Réunion dix ans plus tôt. Bim, nouvelle idée. Les gens me regardaient comme si j’étais éparpillé, incapable de me concentrer.
Des recruteurs (certains lisent peut-être ceci 👋) qui n’avaient souvent pas le même bagage en marketing m’annonçaient, après cinq entretiens et deux cas pratiques non rémunérés, que mon profil était idéal pour le poste. À un détail près. Je n’étais pas “assez spécialisé” en “SEO”, en “paid ads” ou insérez n’importe quel autre mot-clé.
“Nous sommes vraiment désolés, vous êtes trop généraliste”, voilà ce qu’on me répétait sans cesse. Argh. Ça me rendait fou. Je frôlais même le désespoir parfois, car cela n’a jamais eu de sens pour moi, ni d’un point de vue humain ni d’un point de vue business. Et pourtant, je les ai crus pendant longtemps.
Le TDAH comme pensée systémique
Avoir un TDAH signifie que le filtre de votre cerveau laisse tout passer. De l’idée A à l’idée Z, en zappant parfois tout ce qu’il y a entre les deux. L’école punit ça. Le monde de l’entreprise le punit encore plus durement. Vous apprenez à le masquer, ou à culpabiliser. J’ai fait les deux.
Tout a commencé à changer en 2023. J’ai commencé à câbler ces nouveaux outils dans ma façon de penser et de créer. Ce qui clochait soi-disant chez moi s’est transformé en superpouvoir. Petit à petit, j’ai arrêté de perdre du temps sur ces tâches qui me rendaient dingue et qui me prenaient la majeure partie de ma journée (boîte mail chaotique, gestion des fichiers, ratisser le web pour trouver une info et finir distrait par une bannière de cookies amusante ou par la première chose brillante qui croisait mon regard).
Maintenant que j’ai identifié ce schéma, il est beaucoup plus facile de comprendre ma pensée systémique. Comment un partenaire s’intègre à un pipeline de vente. Comment cela rejoint une décision de design, qui elle-même impacte le code et les opérations. Parfois, tout ça tient dans une seule pensée. Ces connexions apparaissent même naturellement, avant que je ne les cherche. Je ne vois plus ça comme de l’overthinking ou comme un problème. C’est juste ma façon de penser.
Je n’avais pas de mot pour décrire cela. Jusqu’à ce que je découvre un cours de Stanford qui lui a donné un nom.
Stanford CS153 : le one-person frontier lab
Stanford CS153 : Frontier Systems, printemps 2026. Le projet One-Person Frontier Lab.
L’Université de Stanford a lancé la troisième édition de son cours CS153 : Frontier Systems. Alléluia.
Le cours existe depuis 2024, avec des intervenants comme Sam Altman, Jensen Huang, Andrej Karpathy et Ben Horowitz. Cette édition a transformé le projet étudiant. Les années précédentes demandaient de “concevoir et déployer un agent IA”. Désormais, c’est “le one-person frontier lab”.
Leur pari est clair. Une personne, armée des bons outils et d’une grande capacité de travail, peut produire ce qui nécessitait autrefois une organisation entière. Les étudiants ont 10 semaines pour voir jusqu’où ils peuvent passer à l’échelle seuls.
Stanford est passé de “créer un outil” à “devenir l’organisation”. Ce faisant, ils ont formalisé la raison exacte pour laquelle nous avons créé Salt & Silicon il y a quelques mois.
Construire notre propre frontier lab
Mon cofondateur Desh et moi menons cette expérience depuis janvier, depuis Barcelone.
Nous sommes seulement deux fondateurs. Nous avons conçu notre propre infrastructure, notre système de fichiers personnel, des agents qui prolongent notre réflexion sur le marketing, le design, l’ingénierie, les ventes, les opérations et la QA. Nous avons nos propres compétences Claude sur mesure et nos coffres Obsidian, nourris par une utilisation quotidienne depuis des mois, voire des années. Nous nous en sommes servis pour concevoir l’intégralité de notre marque, notre recherche, notre site web et notre système de croissance en un mois à peine. D’expérience, un tel périmètre aurait mobilisé une équipe de cinq personnes il y a encore quelques années.
Nous avons fini par comprendre que nous vivons dans une tension permanente entre la réalité et ce que j’appelle la “simulation”. Nous utilisons l’IA tous les jours. Nous trouvons que la majorité de ce que produit l’IA est à jeter. Les deux affirmations sont vraies. Le même jour, et parfois dans la même heure.
Nous avons alors réalisé que ce que nous cherchions, c’était du sens. Quand nous concevons une marque pour un client, est-ce que cela raconte une histoire qui lui est propre ? Son concurrent pourrait-il y coller son logo sans que personne ne s’en rende compte ?
Pour être honnête, nous cherchons encore. Tout va incroyablement vite. Ce modèle n’a aucun mode d’emploi à ma connaissance, il est donc amené à évoluer en permanence.
Je suis ravi de l’existence de ce cours, même si je ne peux pas y assister. Certains jours, créer une chose qui n’a pas de nom donne un sentiment de solitude. Vous avez l’impression que les gens hochent poliment la tête quand vous expliquez votre métier, tout en vous classant dans la case “une agence IA de plus” (je ne pense pas que nous en soyons une). Vous vous demandez si vous êtes en avance, fou ou complètement dans l’erreur. Peut-être les trois à la fois.
Puis Stanford baptise son nouveau projet “Frontier Lab” aux côtés de ces PDG de la Silicon Valley, alors que vous avez vous-même nommé votre propre laboratoire “The Salt Valley”. Cela nous conforte énormément dans la direction choisie. C’est peut-être juste un biais de confirmation. Ça fait tout de même du bien au moral des troupes.
Le monde du travail évolue. Ce studio est notre réponse. Nous faisons de la stratégie, de la marque, des systèmes et du coaching pour les entreprises. Nous créons aussi du contenu et des produits qui reflètent la bascule philosophique provoquée par ces nouveaux outils.
La boîte à outils du généraliste : orchestrer des systèmes d’un domaine à l’autre.
Vous voulez aller plus loin ? Lisez notre essai sur les 5 compétences dont vous avez besoin dans l’économie du goût. La reconnaissance de schémas entre différents domaines est le superpouvoir du généraliste. Lisez pourquoi nous avons placé un tesseract sur notre page d’accueil pour voir cette philosophie traduite en géométrie.